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Un vrombissement primordial

  • Photo du rédacteur: Wilton
    Wilton
  • il y a 2 jours
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 1 jour



Me voici de nouveau attelé à cette curieuse entreprise qu’est la rédaction d’un blog. Nonobstant la toute-puissance hégémonique des réseaux et applis Meta -ayant tour à tour remplacé l’activité de blogging puis radicalement transformé nos façons de nous exprimer sur le web-, j’avoue apprécier me vautrer dans cette vieille espèce de sacerdoce romantique un peu étrange. Je m’étais juré d’abandonner cet effort inutile. Mais voilà, la création d’un site personnel pour communiquer sur mes activités artistiques, quelques infolettres par e-mail, et un peu de temps libre récemment dégagé au chausse-pied dans mon agenda turbide d’intermittent du spectacle m’ont habilement tenté.
L’affection que j’ai pour le style de la « chronique », réveillée par de récentes lectures, a fini de me convaincre. La Chronique a cela de particulier qu’à l’intérieur d’un rythme de publication régulier, et d’un format défini – une durée, à la radio par exemple ; ou un nombre de signes dans la presse écrite-, le choix du sujet reste parfaitement intact de toute contrainte. Si bien que souvent, le chroniqueur fait feu de tout bois, rebondit sur l’actualité -ou il tente du moins, car en cas de lourdeur excessive du chroniqueur, le rebond n’a pas lieu-, et que le thème apparent de la chronique fait principalement office de prétexte à exprimer des points de vue singuliers et des inclinations personnelles.
Inaugurons-donc ces chroniques, et pour ce faire, revenons sur leur titre, « Les Tiers-de-Ton de Wilton, chroniques d’un Accordeur de Volcans ».
Une brève explication s’impose : Au commencement fut l’Auvergne comme chacun le sait. Il est admis que de ses frasques géologiques et éructations magmatiques ont jailli les sept merveilles du monde, parmi lesquelles la butte de Clermont-Ferrand, le Méandre de Queuille, la planèze de Saint-Flour ou encore la Basilique Saint-Julien de Brioude. Mais savez-vous seulement comment ?
C’est le travail de recherche poétique d’un certain Pierre Laurendeau qui a mis au jour l’insoupçonnable réponse à cette question. Dans sa correspondance, on peut trouver la mention d’un ouvrage absolument indispensable à la compréhension du phénomène : « L’Accordement des Merveilles & des Monstres », d’Aloysius Basaltus, éminent « accordeur de volcans » du XVIe siècle — ouvrage imprimé avec grand soin par Étienne Dolet, en 1546. Ce traité, que dis-je, cette méthode, décrit l’art et la manière de faire siffler un cratère, flûter la lave ou tinter le basalte, de sorte que les éruptions mélodieuses qui s’échappent des volcans soient donc en harmonie avec le reste du monde. Aussitôt, l’Observatoire de l’Infiniment-Ici a déclenché la création d’une Chaire d’Accordage de Volcans, dont votre serviteur est à ce jour l'unique chercheur titulaire. Petit à petit, de l'étude de la "Partition" jusqu'à la recherche fondamentale des "Unissons", en passant par le théorème des "Octaves", tout accordeur de volcans se doit d'apprivoiser l’échelle des Tiers-De-Tons : Plus infimes et subtils que les vulgaires « demi-tons » du tempérament musical adopté désormais sur la majeure partie de la planète -et qui nous vient de Leipzig-, plus souples et moins obsessionnels que les « quarts-de-tons Limousins » que certains « experts » des musiques traditionnelles nous présentent comme des trouvailles ethnomusicologiques sans précédent dans l'analyse des pratiques de violon populaire -abusivement assignés "limousins" car les violoneux en question étaient plutôt auvergnats-; les « Tiers-de-Tons » Auvergnats, eux, ont tout pour séduire le mélomane... et régaler l’oreille interne de la Terre, qui ronronne de plaisir au souvenir des symphonies grondantes et pétaradantes des volcans éveillés.
Nous recommencerons donc notre ingrate tâche, consistant à rendre compte de notre infatigable observation de l’Infiniment-Ici au milieu du Grouillant Gigantesque -ce flux permanent de sur-information que nous consommons quotidiennement- avec l’échelle alternative et délicate des Tiers-de-Tons comme grille de lecture, parfaitement adaptée à l’étude des paysages et des agissements auvergnats.
De l’avoir écrit, ça fera bien quelque chose ou rien.
 
 
 

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